Une entreprise qui passe de 5 à 200 salariés en dix ans, affiche 25 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel – et n’est jamais rentable. Voilà le paradoxe d’Oskab, enseigne nordiste qui a séduit des dizaines de milliers de clients avant de s’effondrer en novembre 2024.
Si vous cherchez un bilan honnête sur la qualité de leurs produits et les raisons de cette fermeture, voici ce que les chiffres et les retours clients disent vraiment.
Oskab en bref : une success story nordiste brutalement interrompue
Fondée aux alentours de 2013, Oskab avait installé son siège à Marcq-en-Barœul, avec un site industriel à Wasquehal. Le modèle était clair : vendre cuisine, salle de bains et rangements sur internet, à l’échelle nationale, avec un catalogue de plus de 10 000 références.
La croissance fut rapide. En une décennie, l’entreprise est passée de 5 à près de 200 employés. Plus de 30 831 expériences clients enregistrées depuis l’ouverture du site. Un ancrage régional fort, une ambition nationale assumée.
Le positionnement prix – bien en dessous des grandes enseignes spécialisées – a fonctionné. Jusqu’à ce que plusieurs crises successives fracassent un modèle qui n’avait jamais vraiment dégagé de marges.
Avis et retours d’expérience clients sur Oskab

Sur Avis Vérifiés, Oskab affichait une note moyenne de 4,5/5 sur 4 675 avis. Ce n’est pas un chiffre anodin : dans la vente en ligne de mobilier, c’est au-dessus de la moyenne du secteur.
Les clients revenaient régulièrement sur trois points : la qualité des matériaux pour le prix, la clarté des notices de montage, et les délais de livraison globalement respectés.
Le tableau est plus contrasté sur Trustpilot. Là, 55 % des avis attribuaient une seule étoile – mais cette proportion explosait précisément à partir du moment où le redressement judiciaire a été annoncé.
Des clients livrés à moitié, des commandes bloquées, un service client injoignable. Des situations réelles et douloureuses, mais qui disent davantage sur la fin de l’entreprise que sur la qualité intrinsèque de ses meubles.
Les retours sur les cuisines vendues en ligne en général montrent ce schéma : les avis positifs dominent tant que tout se passe bien, les avis négatifs s’accumulent dès qu’un problème logistique ou commercial surgit.
Chez Oskab, la qualité perçue était réelle. L’exécution en période de crise, en revanche, ne suivait plus.
Oskab tenait-elle vraiment la comparaison face à Mobalpa ou Schmidt?
Sur le prix, pas de débat possible. Un projet type de 7 m² avec électroménager de base coûtait entre 2 500 et 4 500 € chez Oskab, contre 8 000 à plus de 20 000 € chez Mobalpa ou Schmidt. L’écart n’est pas marginal – il est structurel.
Mais la comparaison a ses limites. Mobalpa et Schmidt livrent des cuisines montées en usine, fabriquées en France, avec un installateur qui gère la pose de A à Z. Oskab livrait en kit : vous montiez vous-même, ou vous faisiez appel à un poseur.
Ce n’est pas le même service – et donc pas le même public.
| Critère | Oskab | Mobalpa / Schmidt |
|---|---|---|
| Budget cuisine 7 m² | 2 500 – 4 500 € | 8 000 – 20 000 €+ |
| Mode de livraison | Kit à monter | Monté en usine |
| Fabrication | Partenaires européens | France (majoritairement) |
| Pose incluse | Non | Oui |
| Canal de vente | 100 % e-commerce | Showrooms + e-commerce |
Les matériaux – panneaux de particules haute densité – recevaient de bonnes appréciations dans la même gamme de prix. Les meubles de salle de bains obtenaient des retours similaires : bonne résistance à l’humidité, lignes modernes, rapport qualité-prix défendable.
Pour quelqu’un qui voulait une cuisine de qualité correcte sans passer par un réseau de franchisés, Oskab cochait les bonnes cases.
Qui fabriquait les meubles Oskab?

Oskab ne fabriquait pas ses meubles en propre. L’entreprise s’appuyait sur des partenaires industriels européens, sans avoir jamais communiqué précisément sur leurs noms.
Ce modèle – courant dans le e-commerce de mobilier – consiste à sélectionner des fournisseurs, à définir des cahiers des charges, puis à commercialiser sous sa propre marque.
Conséquence directe : la qualité dépendait de la rigueur de la sélection et du contrôle exercé sur ces fournisseurs. Dans les bons avis, on retrouvait une cohérence des finitions et une solidité des assemblages. Dans les mauvais, quelques lots moins homogènes.
Ce positionnement n’est ni un avantage ni un défaut en soi – c’est un modèle. Il implique moins de maîtrise sur toute la chaîne, mais aussi moins de coûts fixes industriels. Pour le client, l’impact était surtout visible en cas de problème : sans usine propre, le SAV restait tributaire des délais fournisseurs.
Pourquoi Oskab a-t-il fermé?
L’entreprise n’a jamais dégagé de bénéfices, malgré un chiffre d’affaires de 25 millions d’euros sur les trois derniers exercices. Ce n’est pas une anomalie soudaine – c’est un modèle structurellement déficitaire, qui a tenu grâce à la croissance.
Plusieurs chocs ont accéléré la chute. Juste avant la crise Covid, Oskab avait investi dans l’ouverture d’un nouveau site à Bordeaux – un engagement financier lourd, pris au pire moment.
Ensuite, l’inflation des matières premières, les perturbations logistiques mondiales, et surtout la crise de l’immobilier ont tari la demande de mobilier de cuisine et salle de bains.
Les ventes ont chuté de 35 %. Un plan de redressement avait été construit, mais il reposait sur une hypothèse de reprise qui n’est pas venue. Sans repreneur, sans trésorerie, la liquidation devenait inévitable.
Redressement judiciaire puis liquidation : le calendrier de la chute

Début octobre 2024 : Oskab est placé en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lille. Une période d’observation s’ouvre pour trouver un repreneur ou valider un plan de continuation. Aucun candidat sérieux ne se présente.
Le 6 novembre 2024, le tribunal prononce la liquidation judiciaire. 134 salariés perdent leur emploi. Les contrats en cours sont suspendus.
- Environ un millier de clients en attente ont été livrés avant la fermeture définitive.
- Les commandes non exécutées au moment de la liquidation sont restées bloquées.
- Les garanties contractuelles – initialement prévues sur 10 ans pour certains produits – sont devenues caduques avec la disparition de l’entreprise.
- Les clients lésés ont dû se retourner vers leur banque ou leur assurance pour tenter d’obtenir un remboursement via un chargeback.
Cette chronologie ressemble à celle d’autres enseignes e-commerce de mobilier qui ont disparu ces dernières années. La croissance rapide masquait une fragilité financière que les crises successives ont exposée d’un coup.
Oskab n’existe plus : vers quelles alternatives se tourner aujourd’hui?
Si vous recherchiez une cuisine ou une salle de bains à prix accessible sans passer par les grandes enseignes, plusieurs acteurs occupent un positionnement comparable à celui qu’Oskab tenait.
- Cuisines en kit en ligne : Cuisinella, Lapeyre, Brico Dépôt ou IKEA proposent des cuisines montables soi-même avec des budgets proches de ceux d’Oskab.
- Pure players e-commerce : des enseignes comme Eminza ou d’autres acteurs du mobilier en ligne couvrent des besoins proches pour les rangements et le mobilier de salle de bains.
- Cuisinistes milieu de gamme : Ixina et Armony se positionnent entre le kit e-commerce et le haut de gamme – avec des showrooms, une pose incluse, et des tarifs nettement inférieurs à Schmidt ou Mobalpa.
Un point à retenir : quel que soit l’acteur choisi, vérifiez sa solidité financière avant de verser un acompte important.
La disparition d’Oskab rappelle qu’une belle note client et un catalogue fourni ne protègent pas contre une liquidation – et que les clients commandés en dernier sont souvent les premiers oubliés.
Oskab a existé dix ans, a équipé des dizaines de milliers de cuisines françaises, et a fini liquidée sans jamais avoir été rentable. C’est l’histoire d’une belle machine commerciale construite sur des fondations trop fragiles – et le signe que dans le mobilier en ligne, le prix bas ne suffit pas à tout absorber.