Vous avez semé un noyau de figue, attendu trois ou quatre ans, et l’arbre produit enfin des petits fruits – mais ils restent durs, secs, immangeables.
Mauvaise nouvelle : vous avez probablement un caprifiguier. Et il n’existe aucun tour de passe-passe pour changer ça sans passer par la greffe.
Figuier mâle ou caprifiguier : de quoi parle-t-on exactement?
Le terme « figuier mâle » désigne le caprifiguier (Ficus carica sylvestris), l’un des deux types de figuiers qui existent. L’autre est le figuier femelle, celui qui produit les figues sucrées que vous mangez. Cette distinction est ancienne, documentée dès l’Antiquité par les agronomes romains.
Sur le plan botanique, les deux arbres sont morphologiquement hermaphrodites – ils portent les deux types de fleurs à l’intérieur du réceptacle charnu appelé sycone.
Mais seul le caprifiguier héberge les blastophages, de minuscules guêpes pollinisatrices qui assurent la fécondation croisée dans les zones où elles vivent.
Si vous avez obtenu votre arbre par semis, le calcul est simple : 50 % des plants issus de graines sont des caprifiguiers. C’est une loi de la génétique, pas une malchance particulière.
En pépinière, en revanche, tous les figuiers vendus sont issus de boutures de variétés femelles sélectionnées – donc productives sans pollinisateur.
Comment reconnaître un figuier mâle?

Le piège classique : les feuilles et le tronc du caprifiguier ressemblent trait pour trait à ceux du figuier femelle. Impossible de les distinguer à l’oeil nu sur ces critères. Il faut regarder autre chose.
Le premier indice est la présence de figues en hiver ou très tôt au printemps, bien avant les variétés comestibles. Ces fruits persistent sur l’arbre sans jamais ramollir ni foncer vraiment.
Un figuier femelle, lui, ne montre ses premiers fruits qu’au printemps avancé pour les fleurs de l’année précédente (les figues-fleurs), et les figues d’été apparaissent en juillet-août.
Le test le plus fiable reste la coupe : sectionnez une figue immature en longueur. Si l’intérieur est fibreux, compact, avec des petites galles et parfois des larves visibles, c’est un caprifiguier. Si vous voyez une chair naissante avec des akènes bien formés et une texture humide, l’arbre est femelle.
Est-ce qu’un figuier mâle donne des fruits comestibles?
Non, et il n’existe aucun moyen de rendre les figues du caprifiguier comestibles. Elles restent petites, dures, fibreuses et souvent amères – quelle que soit la façon dont vous traitez l’arbre. Ce n’est pas une question de maturité ou d’exposition : c’est la nature de l’arbre.
Un point de sécurité à ne pas négliger : le latex des feuilles et des tiges du figuier – mâle ou femelle – contient des furocoumarines, notamment le psoralène et le bergaptène.
Le contact avec cette sève, suivi d’une exposition au soleil, peut provoquer des photodermatites sévères : brûlures, cloques, hyperpigmentation durable. Travaillez toujours avec des gants longs lorsque vous taillez ou greffez un figuier.
Pour ce qui est de la pollinisation : dans la majorité des jardins en France, un caprifiguier est inutile. Les blastophages ne survivent pas au nord d’une ligne Lyon-Angoulême, et les variétés commerciales sont parthénocarpiques – elles se passent très bien de pollinisation pour produire.
Peut-on transformer un figuier mâle en figuier productif?

Pas au sens génétique du terme. Un caprifiguier reste un caprifiguier. Mais vous pouvez obtenir des figues comestibles sur le même tronc : c’est toute la logique de la greffe en couronne.
Le principe est simple : on greffe sur le tronc ou les charpentières du caprifiguier des rameaux provenant d’une variété femelle productive (Sultane, Dauphine, Madeleine des Deux Saisons…).
Ces greffons poussent, fructifient, et vous obtenez des figues comestibles sur un arbre dont les racines sont celles d’un mâle. La génétique de l’arbre-support ne change pas – mais peu importe, c’est le greffon qui produit.
La fenêtre optimale pour cette opération se situe entre avril et mai, quand l’écorce se décolle bien du bois et que la sève monte. La greffe en couronne consiste à insérer plusieurs greffons taillés en biseau sous l’écorce, autour du tronc scié à la hauteur souhaitée.
Prévoyez 3 à 5 greffons pour maximiser les chances de reprise, et supprimez les rejets du caprifiguier qui repartiront inévitablement sous le point de greffe.
Garder, greffer ou abattre : quelle décision prendre selon votre situation?
La bonne réponse dépend de votre contexte précis. Voici les situations les plus courantes :
| Votre situation | Recommandation |
|---|---|
| Arbre jeune (moins de 5 ans), pas de valeur particulière | Abattre et replanter une variété femelle en pépinière |
| Arbre adulte avec un beau tronc, bon emplacement | Greffe en couronne en avril-mai sur les branches principales |
| Vous avez déjà un figuier femelle productif dans le jardin | Le caprifiguier est superflu – décision au cas par cas selon l’espace |
| Jardin en zone sud (sous la ligne Lyon-Angoulême), réel intérêt pour la caprification | Conserver l’arbre pour sa fonction pollinisatrice sur des variétés smyrniotes |
| Petit jardin, manque de place, pas d’intérêt pour la greffe | Abattre et remplacer par une variété compacte en pot ou en espalier |
Si vous optez pour la greffe, une précision technique utile : ne sciez pas le tronc trop haut. Entre 80 cm et 1,20 m du sol, c’est confortable pour travailler et suffisant pour laisser plusieurs charpentières se développer.
Au-delà, vous allez gérer un arbre haut avec des récoltes compliquées.
Dernier point souvent oublié : le figuier peut vivre jusqu’à 300 ans et n’atteint sa pleine production qu’autour de 7 ans. Un caprifiguier bien établi avec un système racinaire en place est un porte-greffe solide, que vous seriez bien en peine de créer en repartant de zéro.
Parfois, garder le tronc et changer ce qui pousse dessus, c’est le choix le plus rationnel.
Un caprifiguier bien greffé au printemps peut vous donner vos premières figues comestibles dès l’été suivant. Ce n’est pas une transformation – c’est une redirection.