Une chaufferie tertiaire peut perdre plusieurs dizaines de milliers de kilowattheures par an via des vannes, pompes et échangeurs laissés sans isolation. La fiche BAT-TH-155 existe précisément pour financer la correction de ces pertes – et pourtant, les dossiers rejetés pour erreur technique restent nombreux. Voici ce que vous devez savoir avant de vous lancer.
Qu’est-ce que la fiche BAT-TH-155?
La fiche BAT-TH-155 appartient au dispositif des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE), piloté par le ministère chargé de l’énergie avec l’appui de l’ADEME. Elle définit les conditions dans lesquelles des travaux d’isolation de points singuliers sur un réseau hydraulique de chauffage ou d’eau chaude sanitaire peuvent ouvrir droit à des certificats.
Le périmètre est précis : l’opération concerne uniquement les sous-stations ou chaufferies d’un bâtiment tertiaire alimentant un système collectif. Il ne s’agit pas d’isoler des tuyauteries droites – cela relève d’autres fiches – mais bien les pièces d’équipement raccordées au réseau hydraulique isolé.
Concrètement, la fiche finance la mise en place de housses isolantes sur ces points singuliers. L’objectif est simple : supprimer les déperditions thermiques localisées sur des équipements qui, sans protection, rayonnent en permanence vers l’ambiance de la chaufferie.
Points singuliers couverts : ce que la fiche inclut et ce qu’elle exclut
La liste des équipements considérés comme points singuliers éligibles est définie avec précision. Vous pouvez compter parmi eux : vannes, réducteurs, robinets, clapets, filtres, séparateurs, compteurs, détendeurs, manchettes, purgeurs et pompes. Un échangeur à plaques entre également dans cette catégorie, avec un traitement spécifique dans le calcul.
Le comptage obéit à des règles strictes que beaucoup de monteurs de dossier sous-estiment :
- Une pièce avec son jeu de bride = 1 seul point singulier
- Un jeu de bride raccordant deux réseaux = 1 seul point singulier
- Un arrêt de tuyauterie équipé d’une bride = 1 seul point singulier
Les exclusions sont tout aussi nettes. Coudes, soudures, tuyauteries droites ne font pas partie du périmètre. Même chose pour tous les points singuliers situés sur un circuit de condensats ouverts : ils sont explicitement hors champ de la fiche BAT-TH-155.
Quelles sont les spécificités techniques imposées par la fiche BAT-TH-155?

La housse isolante n’est pas un produit générique. La fiche impose un cahier des charges technique précis, et c’est là que beaucoup de projets déraillent. L’isolant doit être à base de laine minérale, conforme à la norme NF EN 14303. Deux niveaux de résistance thermique minimale s’appliquent selon la température de travail : au moins 1,5 m².K/W à 50°C, et au moins 1,0 m².K/W à 100°C.
La température maximale de service de la housse doit dépasser 200°C. Ce seuil peut sembler élevé pour un réseau de chauffage classique fonctionnant entre 70°C et 90°C, mais il garantit la compatibilité avec des installations vapeur ou haute température qui se rencontrent en tertiaire industriel.
Sur le plan mécanique, la housse doit être souple, démontable et équipée d’un système de fermeture. Cette exigence est fonctionnelle : la possibilité d’ouvrir et de refermer la housse sans la détériorer facilite les opérations de maintenance sur les équipements qu’elle protège.
Un point de vigilance majeur : les manchons isolants rigides ou semi-rigides ne sont pas des housses au sens de la fiche. Cette confusion entre manchon et housse est l’une des causes les plus fréquentes de rejet de dossier. Si le produit posé ne correspond pas à la définition réglementaire, l’opération sort du périmètre de la BAT-TH-155, quelle que soit sa performance thermique réelle.
Conditions d’éligibilité à respecter pour valider l’opération
Trois critères d’éligibilité encadrent l’opération. Le premier porte sur l’ancienneté du bâtiment : le bâtiment tertiaire doit exister depuis plus de 2 ans à la date d’engagement de l’opération. Une construction neuve ou récente ne peut pas mobiliser cette fiche.
Le deuxième critère concerne les installations classées. Si la sous-station concernée relève d’une installation soumise à la réglementation ICPE et que l’isolation aurait pour effet de réduire les émissions de gaz à effet de serre de cette installation, la fiche ne s’applique pas. Ce cas reste rare mais mérite vérification dans les sites industriels tertiaires complexes.
Le troisième point est une règle de non-cumul : BAT-TH-155 ne peut pas être mobilisée en même temps que la fiche RES-CH-103, qui concerne la réhabilitation d’un poste de livraison de chaleur en bâtiment tertiaire. Si les deux opérations ont lieu sur le même site dans le même périmètre, vous devez choisir l’une ou l’autre.
Comment sont calculés les kWh cumac avec la fiche BAT-TH-155?
Le volume de CEE généré par une opération BAT-TH-155 suit une formule structurée : kWh cumac = Coefficient par housse × Nombre de points isolés × Facteur correctif secteur d’activité. Chaque élément de cette formule mérite attention.
Deux barèmes coexistent. Le premier s’applique aux points singuliers classiques – vannes, pompes, filtres. Le second, avec un forfait plus élevé, concerne les opérations incluant un échangeur à plaques. La différence de coefficient reflète la surface de déperdition nettement supérieure d’un échangeur par rapport à une vanne simple.
La zone climatique entre également dans le calcul. La France métropolitaine est découpée en zones H1, H2 et H3, avec des coefficients croissants du nord vers le sud. Les départements et régions d’outre-mer sont classés en zone H3, tandis que Saint-Pierre-et-Miquelon rejoint la zone H1.
La durée de vie conventionnelle de l’opération, qui conditionne directement le volume cumac, varie selon la température du fluide. Pour un réseau fonctionnant entre 50°C et 120°C inclus, la durée retenue est de 10 ans. Au-delà de 120°C, cette durée tombe à 5 ans – ce qui divise mécaniquement le volume de CEE par deux pour les réseaux haute température.
Rôle de l’ADEME et du dispositif CEE dans la valorisation de BAT-TH-155
L’ADEME encadre le dispositif CEE sur le plan technique et publie les fiches d’opérations standardisées, dont la BAT-TH-155. Mais elle ne verse pas directement les certificats. Ce sont les acteurs obligés – fournisseurs d’énergie soumis à obligation – ou leurs délégataires qui financent l’opération en échange des certificats générés.
L’engagement de l’opération doit intervenir avant le début des travaux. Cette règle est non négociable : un devis signé ou un accord écrit daté avant la pose des housses constitue la preuve d’engagement. Sans ce document antérieur au démarrage du chantier, le dossier sera rejeté lors du contrôle.
Le dépôt du dossier se fait auprès de l’acteur obligé ou du délégataire qui finance l’opération. Ce dernier peut être une société spécialisée en courtage CEE, un installateur agréé ou un bureau d’études énergétiques. Le contenu du dossier comprend notamment les factures, les fiches techniques des housses posées et les justificatifs de conformité NF EN 14303.
BAT-TH-155 en pratique : erreurs fréquentes qui entraînent un rejet de dossier

La confusion entre housse et manchon reste l’erreur numéro un. Un manchon rigide préformé, même performant thermiquement, ne satisfait pas aux exigences de souplesse et de démontabilité imposées par la fiche. Vérifiez systématiquement la fiche technique du fabricant avant toute commande.
Le mauvais comptage des points singuliers arrive juste derrière. Certains installateurs comptent chaque bride séparément ou intègrent des coudes dans leur inventaire. Résultat : un nombre de points revendiqué supérieur au nombre réellement éligible, ce qui fragilise l’ensemble du dossier lors du contrôle.
L’absence de certification NF EN 14303 sur les housses posées est également rédhibitoire. Cette norme doit figurer explicitement sur la fiche technique du produit fournie au dossier. Une déclaration de performance non accompagnée de la référence normative ne suffit pas.
Enfin, le cumul avec RES-CH-103 sur un même site est un piège que des gestionnaires d’actifs tertiaires multi-sites ont déjà rencontré. Si une réhabilitation de poste de livraison a été engagée sur le même réseau la même année, la BAT-TH-155 ne peut plus s’y superposer. Une cartographie claire des opérations CEE en cours sur chaque site est la seule façon d’éviter cet écueil.
Une chaufferie bien isolée sur ses points singuliers, c’est quelques centaines d’euros de travaux qui génèrent des économies mesurables à chaque saison de chauffe – et des CEE valorisables immédiatement. La fiche BAT-TH-155 offre ce levier, à condition de la lire à la lettre.