Depuis le 1er mars 2025, l’électricien qui installe un spot dans votre salle de bain travaille sous un cadre réglementaire profondément revu. Cinq volumes sont devenus trois, un concept entièrement nouveau fait son apparition, et certaines règles valables depuis des décennies ont été effacées d’un trait de plume. Voici ce que ça change vraiment, point par point.
Pourquoi le RGIE a-t-il été modifié en 2025?
L’arrêté royal du 3 octobre 2024, publié au Moniteur belge le 28 octobre 2024, a officiellement réformé le chapitre 7.1 du Livre 1 du RGIE, avec des retouches sur les Livres 2 et 3. La date d’entrée en vigueur retenue : le 1er mars 2025.
La motivation centrale est un alignement sur la norme internationale IEC 60364-7-701, qui régit les installations électriques dans les salles de bain et de douche. La Belgique appliquait depuis des années une déclinaison nationale qui divergeait de ce standard. Ce décalage créait des frictions pour les fabricants, les importateurs de matériel et les électriciens travaillant sur des projets transfrontaliers.
Ce n’est pas une révision cosmétique. Le texte modifie la définition même des zones à risque, les équipements autorisés et les indices de protection exigibles. Pour quiconque rénove ou construit en Belgique, ignorer cette mise à jour n’est pas une option.
L’ancienne classification en 5 volumes : ce qui existait avant le 1er mars 2025
Jusqu’au 28 février 2025, le RGIE belge découpait l’espace d’une salle de bain en cinq volumes distincts : 0, 1, 1bis, 2 et 3. Chacun correspondait à une zone géographique précise autour de la baignoire ou de la douche, avec ses propres contraintes techniques.
Le volume 0 désignait l’intérieur même de la baignoire ou du receveur de douche. Le volume 1 englobait la zone directement au-dessus. Le 1bis était une zone intermédiaire spécifique au RGIE belge, sans équivalent direct dans la norme internationale. Le volume 2 s’étendait autour du volume 1. Enfin, le volume 3 couvrait un périmètre encore plus large, jusqu’à 2,4 mètres du volume 2.
Ce système en cinq niveaux fonctionnait, mais il comportait une couche de complexité – notamment le 1bis – que la norme IEC ne reconnaissait pas. Résultat : des interprétations divergentes selon les organismes de contrôle et des difficultés à homologuer du matériel étranger conforme IEC mais non conforme à la lecture belge.
Quels sont les nouveaux volumes en vigueur dans la salle de bain et la douche?

Le nouveau régime est plus lisible. Pour une salle de bain avec baignoire, trois volumes subsistent : 0, 1 et 2. Pour une salle de douche, seuls les volumes 0 et 1 sont définis. Le volume 1bis a été absorbé dans le volume 1 élargi. Le volume 3, lui, disparaît purement et simplement de la nomenclature.
Les dimensions ont aussi été précisées. Pour une douche, le volume 0 s’étend sur 1,2 mètre horizontal depuis la pomme de douche. Le volume 1 monte jusqu’à une hauteur standardisée de 2,25 mètres au-dessus du sol fini. Détail pratique : un receveur de douche dont la profondeur est inférieure à 10 centimètres n’est pas pris en compte pour délimiter ces volumes – une précision utile quand on pose un receveur extra-plat.
Ce regroupement simplifie la lecture des plans d’installation et réduit les zones grises. Un électricien qui arrive sur chantier sait désormais immédiatement dans quel volume il travaille, sans devoir jongler avec cinq catégories dont une exclusivement belge.
Le concept d’espace remplace l’ancien volume 3
La suppression du volume 3 ne signifie pas que la zone qu’il couvrait est devenue une zone libre. Elle est remplacée par une notion nouvelle : l’espace. Ce concept s’applique à la zone qui s’étend au-delà des volumes 0, 1 et 2, mais qui reste sous influence des risques liés à l’humidité.
Concrètement, l’espace est délimité par le sol fini jusqu’à un plan horizontal situé à 3 mètres de hauteur, et par un plan vertical à 4 mètres depuis l’arrivée d’eau fixe. Ce n’est pas une zone sans contraintes : des règles techniques s’y appliquent, même si elles sont moins strictes que dans les volumes 0 à 2.
Une paroi fixe d’au moins 2,25 mètres de hauteur peut réduire cette distance en dessous des 4 mètres. Autrement dit, si vous installez une cloison pleine entre la zone douche et le reste de la pièce, l’espace se trouve limité par cette paroi. C’est un point que beaucoup d’installateurs n’ont pas encore bien intégré, et qui mérite une vérification rigoureuse sur les plans avant tout démarrage de chantier.
Quelles règles techniques s’appliquent selon chaque volume?
Les indices de protection (IP) requis ont été clarifiés et, dans certains cas, renforcés. Le tableau suivant synthétise les exigences minimales :
| Volume | Indice IP minimum | Exemples d’équipements concernés |
|---|---|---|
| Volume 0 | IP67 | Luminaires immergés, résistances de baignoire balnéo |
| Volume 1 | IP65 | Spots encastrés plafond, panneaux infrarouges |
| Volume 2 | IP44 | Sèche-serviettes électrique, éclairage mural |
La protection différentielle de 30 mA reste obligatoire pour l’ensemble des circuits alimentant la salle de bain, sur un différentiel dédié. Ce point n’a pas changé, mais l’obligation de dédicacer ce différentiel – sans le mutualiser avec d’autres circuits – est confirmée et renforcée dans la nouvelle rédaction.
Deux nouveautés notables côté équipements : les panneaux infrarouges sont désormais autorisés en volume 1, sous réserve du respect de l’IP65, et les WC-douches alimentés en basse tension (TBTS) peuvent être installés sans les contraintes des volumes classiques. Ce sont des avancées concrètes pour des équipements de plus en plus courants, notamment dans les salles de bain pour personnes à mobilité réduite. Si vous avez des prises sans terre dans votre installation électrique existante, c’est aussi l’occasion de régulariser l’ensemble avant le contrôle de conformité.
Installations réalisées avant le 1er mars 2025 : quelles exceptions sont prévues?

Les travaux terminés avant le 1er mars 2025 ne sont pas automatiquement hors normes. Des exceptions sont prévues pour les installations réalisées sous l’ancien régime, à condition de pouvoir en apporter la preuve documentaire : facture datée, procès-verbal de contrôle antérieur, ou tout document établissant que les travaux ont été exécutés avant la date butoir.
Le contrôle de conformité reste assuré par les organismes agréés, dont Vinçotte est le plus connu en Belgique. Le RGIE impose ces contrôles depuis octobre 1981 ; la modification de 2025 s’inscrit dans cette continuité. Un organisme agréé qui intervient sur une installation ancienne devra évaluer si elle relève de l’exception ou si une mise en conformité partielle est requise.
Vinçotte Academy a par ailleurs organisé des formations spécifiques sur les nouvelles dispositions, à destination des électriciens agréés. Ces sessions couvrent précisément les cas limite : qu’est-ce qui relève de l’exception, qu’est-ce qui déclenche une obligation de mise à niveau? Si vous faites appel à un électricien pour des travaux de rénovation, vérifiez qu’il a bien été formé sur la version 2025 du texte.
Ce que le RGIE 2025 change vraiment pour les particuliers et les professionnels
Pour une nouvelle construction, la réforme s’applique sans discussion dès le permis déposé après le 1er mars 2025. L’installateur doit travailler avec les trois volumes (ou deux pour une salle de douche) et respecter les nouveaux IP. Le dossier de contrôle sera vérifié sur cette base.
Pour une rénovation partielle – remplacement d’un luminaire, ajout d’un sèche-serviettes, déplacement d’une prise – la situation est plus nuancée. Si vous touchez à un circuit existant dans une installation ancienne, l’organisme de contrôle évaluera la conformité de la partie modifiée selon les nouvelles règles. C’est un point à anticiper dans le budget travaux.
- Vérifiez les indices IP de tous les luminaires encastrés si vous rénovez le plafond d’une salle de bain – un IP44 qui suffisait en volume 2 ancien peut se retrouver en volume 1 nouveau.
- Contrôlez la position de votre différentiel 30 mA et sa dédicace exclusive aux circuits salle de bain.
- Si vous installez un panneau infrarouge ou un WC-douche, exigez que l’installateur vous remette un schéma indiquant le volume de pose et le code IP du matériel retenu.
Du côté des professionnels, des évolutions supplémentaires sont attendues pour 2026, notamment sur d’autres chapitres du RGIE. La réforme 2025 sur les salles de bain est souvent présentée comme un signal : la Belgique entend accélérer l’harmonisation de l’ensemble de son code électrique avec les normes IEC. Un chantier de fond que les électriciens suivront de près. Pour les particuliers, une règle simple s’impose : avant tout travail humide sur une installation existante, demandez à votre électricien de préciser par écrit dans quel volume il intervient et quel matériel il utilise. Ce bout de papier vaut souvent bien plus qu’une garantie verbale le jour du contrôle.